
Tiziano Vecellio, dit Titien, partage la scène artistique vénitienne au XVIème siècle au coté de Véronèse et de Tintoret.
Il est de coutume que les trois artistes réalisent leur propre version du tableau d’un autre. Ils donnent tous les trois l’interprétation d’une légende, par exemple, celle de Tarquin & Lucrèce. Lucrèce se fait violer par Tarquin. Alors que Tintoret peint la violence de ce viol à travers les deux corps dénudés, Titien, à son habitude, peint la puissance d’un corps sur l’autre.
D’ailleurs, Titien peint rois et empereurs. Son talent de portraitiste est mis au service de la célébration du pouvoir.
Titien ne se cantonne pas à cela. Regardez la sublime Vénus d’Urbino (lien)peinte en 1538. Pose nonchalante, visage incliné vers la gauche, étendue sur son lit de drap blanc, blondeur incandescente (bien évidemment, pour l’anecdote, on se rappelle que les grandes Dames vénitiennes se rinçaient les cheveux avec de l’urine de jeunes vierges pour obtenir cet « éclat »), la Vénus d’Urbino rayonne de douceur. Elle inspire. Chère Olympia, tu n’es qu’une pâle « copie » ! Titien, c’est exactement ça, une inspiration. Manet (comme nous le disions plus haut), mais aussi Ingres, et surtout Sustris.
Sustris, appelé le Titien des Flandres, rencontre le Maitre à Venise, lorsqu’il est engagé pour réaliser les fonds paysagers. Sustris entre dans l’univers du Titien, au moment où ce dernier peint la Vénus d’Urbino. Sustris a-t-il participé à la réalisation de la toile ?
Si la réponse n’est pas formellement envisageable, on peut penser que cette toile a ému Sustris. Il en fera son interprétation pas moins de vingt ans plus tard. Vénus des Flandres, tu as beau être interprétative, tu restes pudique. Mais Sustris se « rattrape », il dénude les corps dans ses tableaux à la manière du Titien. L’érotisme qui s’en dégage est foudroyant, notamment dans la Vénus et l’Amour. Les colombes qui s’accouplent, l’afflux de sang dans la majeure partie du visage de la Vénus, les longues jambes lassent d’attendre que l’Amour les piquent, la colonne de pierre qui pousse au creux de sa cheville, la volupté des courbes féminines…
C’est la Vénus qui, en maintenant sa main sur la colombe, fait en sorte que les deux oiseaux s’adonnent à leurs occupations… (formule très-très moche). Sans vouloir pousser le vice, on remarque que l’index de la Vénus se glisse entre les deux ailes de la colombe. Le geste est plus que suggestif. Il rappelle celui exercé par la Vénus d’Urbino sur son propre sexe.
L’érotisme à travers la masturbation féminine reste un thème propre à la peinture de la Vénus, pendant le siècle vénitien. Giorgione, vers 1508, crée une Vénus endormie, bras droit relevé avec sensualité et bras gauche glissant près de son « vase », étendue en pleine nature (évoquer la fertilité) sur son drap de satin.
L’équation est simple.
Vénus de Sustris = Vénus de Titien = Vénus de Giorgione.
Mes amis, n’oublions pas ce brave Botticelli…
Je reste, cependant, admirative devant la Vénus du Titien. Car ce tableau est « construit » sur l‘ambivalence : dualité des lieux, opposition nudité/vêtements d’époque et visage découvert voire impudique/visage caché de honte… J’admire cette interprétation du naturel, implicitement provocante, que peut susciter la peinture d’une Vénus.

Je préfère le Titien déshabilleur, que le Titien clameur du pouvoir.
Par extension et d‘actualité, l’exposition Renoir au Grand Palais ! Le peintre impressionniste et son gout pour le nu.