C’est Renan Luce je crois qui s’est amusé à personnifier la page blanche sur laquelle on s’apprête à apposer l’encre, vivant témoin du syndrome du même nom et soudainement animée de sentiments. La crainte de se voir déchirée, blessée par le passage de la plume ou du stylo, effrayée par la sensation de perdre sa virginité pour quelque chose qui ne sera pas à la hauteur de ses attentes.
J’aime beaucoup les paroles de ladite chanson, non pas uniquement de par l’originalité de l’approche mais aussi du fait de leur justesse. Tout un chacun peut se faire l’espace d’un instant écrivain, poète, ou même parolier. Tous ou presque nous avons par le passé, ou encore maintenant, ou peut-être dans les temps à venir, couché certaines pensées sur le papier, comme pour éviter qu’elles ne s’effacent, fébriles et agitées. Des observations anodines, des idées grandioses, des plans, des dessins, simples esquisses ou tableaux de maître, croquis, poésies humblement empruntées à quelques vers des plus grands, l’envie d’écrire est quelque chose qui nous lie.
D’autres ont, avant moi et de bien plus belle manière, évoqué cet élan présent en chacun de nous. Pour en décrire les motivations intrinsèques, les conséquences, voir même pour en expliquer la disparition, l’entretien ou le soudain retour.
Pourquoi avons-nous envie d’écrire, et pourquoi cette envie nous quitte-t-elle lorsqu’elle le fait?
Pas de réponse absolue à une telle question, dont la seule première partie pourrait convenir à un sujet d’agreg. Cela dépend, j’imagine, de ce que nous sommes.
Et dans votre grande sagacité coutumière, vous aurez deviné que chez moi, l’un des moteurs essentielles de l’envie d’écrire, c’est la nourriture. Le rapport n’est certes pas des plus évidents, mais cultivant mon anti-conformisme avec le conformisme qui est le mien, je ne pouvais décemment pas vous sortir un truc du genre “j’fais un peu de relaxation” ou encore “le feng-shui, y’a qu’ça de vrai”.
Non non, résolument, chez moi c’est la nourriture. J’ai un rapport fusionnel avec mon alimentation. Non pas que je sois sale et que j’en mette la moitié à côté ou que je choisisse la version berbère du manger avec les doigts, plutôt que je sois à même d’apprécier à la fois la quantité et la qualité. J’adore la cuisine de Mutti (Mutti, spécial kassdedi pour toi), j’adore manger à l’Epicerie, mon fief-bar-à-tartines, j’adore manger chez Baba à l’arrache (après avoir mangé une seule de ses roses des sables on peut mourir tranquille), j’adore nos pâtes de trois du mat’ que nous faisons amoureusement cuire avec Loulou lorsqu’il organise une soirée chez lui… J’adore les barbecues chez moi, j’adore les choux à la crème mamiesques, j’adore manger.
Pléthore de choses dont le dressage de la liste exhaustive serait aussi fastidieux qu’inutile, mais qui ont tendance à m’ouvrir l’esprit au moins autant que l’appétit. Ne dit-on pas que quand l’appétit va, tout va?
Il y a un peu de ça je crois.
Mais je ne vais pas trop tarder, je dois justement aller manger.
BaKaMent Vôtre,
MieL
Ourson affamé.