Un jour je saurai quelle est l’appellation “officielle” de ce musée : la newsletter (s’abonner) est envoyée par le MAC (Musée d’Art Contemporain, l’acronyme de la plupart des musées de ce type en France ndlr) mais le site est au nom du MOCA (Museum of Contemporary Art). Entre compréhension et dimension internationale, il va un jour falloir choisir. A moins d’opter pour l’usage d’un patronyme quelconque, comme pour le Centre Pompidou, par exemple.
Bref, un billet rapide, pour vous recommander chaudement – vu le vent polaire qui assaille les doudounes AA des fashion, il faut au moins ça – d’aller jeter un oeil au triplet d’expos temporaires du MAC de Lyon. J’avais oublié de vous faire la review de la chose la semaine dernière, je vais essayer de me rattraper ce dimanche.
Le MAC présente donc jusqu’au 19 avril pas moins de trois expositions temporaires – une par étage en fait – autour de trois thèmes distincts. Au premier étage on trouve donc Quintet, qui rassemble les oeuvres de cinq artistes issus de la bande-dessinée, au second on retrouve N’importe quoi, qui se propose de retracer l’histoire de l’art contemporain par le biais d’une sorte de panorama de ses oeuvres les plus décalées, et enfin au troisième c’est Marlène Mocquet et son monde de rêves et de couleurs.
QUINTET(Fiche Musée)
On commence donc avec Quintet. Je n’irai pas par quatre chemins : c’est probablement la plus recherchée des trois, quoique la comparaison soit difficile à tenir, tant les sujets diffèrent. Il y a donc là des travaux de Joost Swarte (Wiki), de Gilbert Shelton (Wiki), de Stéphane Blanquet (Wiki), de Masse et enfin de Chris Ware (Wiki). Beaucoup de planches achevées, d’affiches et de travaux très “BD” pour Joost Swarte : son style entre un Hergé et un Broca frappe juste, et l’on prend plaisir à lire une bande-dessinée comme l’on regarderait une oeuvre d’art.Mais mes deux coups de coeur sont incontestablement Chris Ware et Stéphane Blanquet.
J’ai découvert le premier au travers d’une plume (de dessin, une fois n’est pas coutume) léchée, d’une grande maîtrise graphique, et qui était ici déclinée en noir et bleu. Le choix de ces deux couleurs, associées au blanc du fond, n’est pas pour rien dans le charme qui se dégage de l’ensemble : l’impression d’inachevé se mêle à merveille avec les traits de personnages et de décors par ailleurs admirablement “propres”. Au final, les personnages et les histoires importent peu : c’est réellement le sens de la mise en page et de la composition, allié à un dessin d’une grande pureté, qui m’ont plus chez lui. C’est poétique et assez léger, ceci étant aussi en partie due aux héros qu’il a choisi de mettre en scène à savoir – entre autres – des souris et des abeilles, traditionnellement plus enfantins.

Le second est radicalement différent, puisqu’il nous livre ici un ensemble de pièces éclectique, de la sculpture au mur peint en passant – et je trouve l’idée géniale – par une sorte de petit train circulant à l’intérieur d’un ensemble plastique assez étrange composé de murs, de plafonds et de planchers, mais aussi d’objets plus familiaux comme un lit ou des fenêtres. Tout cela, décoré par l’artiste, donne un ensemble assez hétérogène. Outre son goût évident pour des choses peu ragoûtantes, en témoignent les petites statuettes aux corps déformés ou amputés, les silhouettes généreuses mais torturés de ses personnages peints ou encore le caractère très salace et pour ainsi dire dérangeant qui se dégage de la dernière pièce présentant des corps de femme intimement exposés, Stéphane Blanquet s’est ici livré – j’ignore si c’est spécialement conçu pour cette exposition ou non – à un véritable travail de muséographie.
En effet, il ponctue la visite de cet étrange circuit : le spectateur est invité à prendre place dans un wagonnet monoplace, qui avance au moyen de pédales, pour partir en balade sur rails au sein de décors un peu fous, en noir et blanc. Outre le côté très décalé de l’initiative – quel plaisir que de pouvoir éviter les poncifs d’une visite de musée “à l’ancienne” genre “je reste cinq minutes devant un tableau en faisant semblant de l’étudier” – et la dimension ludique de la chose, le côté lugubre, inquiétant, presque oppressant de la partie qui lui est consacrée s’en trouve réellement décuplé : on “rentre” dans son univers. L’atmosphère est par ailleurs assurée par l’ambiance sonore, consubstantielle des oeuvres exposées : on aime ou on aime pas. Moi, j’aime, Ar. qui était avec moi a détesté. Je peux le comprendre.
N’IMPORTE QUOI (Fiche Musée)
Le pitch de cette seconde expo, c’est de répondre à ceux qui considérent, comme le même Ar. justement, que l’art contemporain c’est du n’importe quoi. Et, de manière plus globale, que l’art “classique” avait au moins le mérite de figurer le beau, au sein d’un cadre explicatif normé et régulé. L’art moderne, au contraire, pullule d’exemples d’oeuvres décalées, ou pour ainsi dire non-artistiques au sens où pouvaient l’entendre les classiques : ainsi en est-il de l’urinoir de Duchamp, qui en est à la fois le parangon et l’exégèse. Il s’agit donc ici de présenter des oeuvres qui ont fait l’histoire de la modernité en art, comme si elles étaient autant de reliques : le but est de suivre une logique “naturaliste”, en ce qu’elle pose la question de l’art “brut”.
Et cette exposition donc de vouloir rassembler des pièces hétéroclites, bizarres, étranges, décalées, pour en faire une sorte de panégyrique du caractère profondément “libre” et “libéré” de l’art contemporain. Faire le lien entre des pièces venant de courants, de lieux et d’époques différentes, n’ayant pour seul point commun que leur “n’importe quoisme”, paraît à tout le moins ardu : le MAC a eu l’intelligence de ne pas s’y risquer, et s’est “contenté” de tout exposer dans trois salles, dont une principale, en une sorte de joyeux malstrom dans lequel le visiteur peut puiser à loisir.
Une excellente idée originelle, un panel d’artistes et d’oeuvres agréablement large, une mise en scène minimaliste qui permet de se concentrer sur les oeuvres elle-même, il convient d’y aller avec curiosité et indulgence, afin de ne pas tomber dans le piège de la critique à l’emporte-pièce un peu mesquine. En se rappelant qu’avant le beau, l’art contemporain véhicule des concepts, des messages et des idées.
MARLENE MOCQUET (Fiche Musée)
Première rétrospective d’une artiste dont j’aime beaucoup l’univers de départ, très coloré, changeant, un peu fantasque et assez enjolivé, mais dont l’interprétation graphique ne me parle décidément qu’avec peine. Pourtant la technique est là, et elle est maîtrisée : Marlène Mocquet utilise en effet les coulures et autres éclats de peinture comme des parties prenantes de ses compositions. Elle oriente ainsi sa toile en fonction de ses envies, faisant glisser telle ou telle couleur, la ralentissant ici, comme pour mieux se faire le démiurge d’un monde déstructuré, aux formes allongées et lascives.
Malencontreusement il y a quelque chose dans la composition, et notamment dans le choix des couleurs, qui me laisse une impression d’amertume, d’inachevé dans le mauvais sens du terme. J’avais parfois envie de découper un morceau de l’un des tableaux, pour voir ce que ça aurait donné sans le reste. De très belles choses donc, à mon sens, mais insatisfaisantes pour ma part. C’est tout à fait personnel, aussi ne saurais-je trop vous conseiller de faire le détour au troisième pour vous faire votre propre idée.
Pour trouver ou contacter le Musée d’Art Contemporain de Lyon, c’est via ce lien.
Vous l’avez déjà vue ? Vous en avez pensé quoi ?