Cette affiche retrouvée sur un billboard de la Cité des Anges (1) fait le bonheur des medias outre-Atlantique, pour la bonne et simple raison qu’on y retrouve un Obama grimé en Joker façon The Dark Knight (et Heat “Je SUIS le style” Ledger), le tout souligné à grands coups d’un slogan simple mais assassin anglo-saxonnement parlant, à savoir “socialism”.
Pourquoi assassin ? Disons que le socialiste, chez nos coupaings américains, c’est un peu comme le communiste chez nous : on s’imagine assez vite le sympathique militant ne manquant pour rien au monde la Fête de l’Huma’, roulant son spliff tout en rajustant ses lunettes rondes tout en insultant copieusement les spoliateurs des malheureux salariés. Vous voyez le tableau. Le bipartisme du système électoral anglo-saxon, ainsi que les remugles d’un maccarthysme de bon aloi, font que le curseur hippie/nazi s’est trouvé quelque peu chamboulé, et qu’au lieu de délimiter une fenêtre relativement large, comme chez nous (entre la gauche du PS et la droite de l’UMP, si on caricature), le curseur en question y est plutôt étroit.
D’où le nombre restreint de pierres d’achoppement entre démocrates et conservateurs, par ailleurs, et la remarquable continuité – toutes proportions gardées – de la politique américaine de président en président.
Bref, être taxé de socialisme aux USA, c’est plus ou moins insultant. D’ailleurs, l’association avec l’iconographie batmaneriale (oui je fais de la sociologie analytique de BD) insiste bien sur le côté anarcho-anti-systémique qu’il convient de donner au terme. Je vous rappelle que le Joker, il ne s’est pas fait connaître pour son amour du conformisme, à la base.
Bref, une sorte de critique visuellement puissante de la politique paternaliste de l’Administration Obama, qui fera, j’en suis certain, doucement rire les défenseurs du night watchmen state (2) et s’élever les boucliers des adeptes du “changement”.
Qu’il est doux, le rêve de la rupture, face au carcan réactionnaire.
(1) Académie Française is watching you, fi de ces anglicismes
(2) Pour l’Etat “gardien de nuit”, ou “Etat minimal”, voir les travaux de J. RAWLS et R. NOZICK notamment. Sur ce dernier, une rapide introduction [en].




