Cette année est une année fantastique : 1 tome de chacune de mes 3 séries de mangas préférés sortent. Je viens tout juste de finir la lecture du premier d’entre eux à savoir Homunculus tome 10 d’Hidéo YAMAMOTO aux éditions Tonkam.

Le synopsis est on ne peut plus efficace : un SDF – ancien banquier – de 30 ans se voit proposer d’être le cobaye d’une opération de trépanation menée par un jeune étudiant en médecine moyennant de l’argent et une semaine de tests. Pourquoi se faire un trou dans le crâne ? Pour constater l’apparition de perceptions extra-sensorielles bien sûr.
L’ancien banquier – Nakoshi – est alors sujet à des déformations de certaines personnes qu’ils croisent : en regardant les autres avec son oeil gauche, certains lui apparaissent sous des formes fantastiques. Yakuza robot qui se mutile le petit doigt, fille de sable dont les grains sont des idéogrammes (signes) imposés par sa mère… Cette nouvelle vision du monde est un point de concours de tous ses sens qui fusionnés permettent une synthèse visuelle de l’inconscient des autres. Toutes ces représentations sont en fait des projections de sa propre personne sur le monde car Nakoshi ne peut voir autre chose que ce qu’il est capable de se représenter. Ne pouvant s’enfuir de ses propres paradigmes, il s’essaye à comprendre l’origine de ces homunculus, réalisant peu à peu que sa seule ouverture sur le monde est son regard et qu’il ne saura comprendre les autres s’il ne se comprend lui-même.
Malgré des choix éditoriaux extraordinaires (longueur des tomes variables – de 160 pages à plus de 500 – et rythme de publication comparable aux battements de coeur d’un tachycardiaque), la série est un thriller freudien brillant et original qui honnore son format de manga.
Si vous détestez les planches nippones, n’hésitez pas une seconde et lisez-le.





Quoique galvaudés après une première série de FMA relativement peu poussés et terriblement éloignés de l’esprit originel de la série, les homonculi restent un concept qui fait fureur dans un Japon dont la standardisation de l’individu ne laisse pas de surprendre.
Cette idée de minimoi moins austin-poweresque que définitivement freudienne, comme tu le soulignes fort bien. On le retrouve d’ailleurs de manière récurrente, que ce soit au travers des mémoires génétiques Bene Gesserit ou des réminiscences d’Ender, en passant par les daemons d’A la Croisée des Mondes et les fantasmes fantasques de Hamilton dans l’Aube de la Nuit.
S’imaginer un autre soi, ou plutôt la représentation tangible de son inconscient, est un process qui a ceci de rassurant que l’on a bien moins peur de ce que l’on pense connaître.
Mais, comme disait l’autre, rien n’est plus dangereux qu’un demi-savoir. Ne rien savoir, là reste, de tous temps, la solution la plus simple, et la plus difficile.
C’est vrai que les animes de Full Metal Alchemist digressent fortement de la série d’origine : en même temps, les studios Square Enix ont su fournir une production artistique de force pour une série qui n’en était qu’à son 8è tome (contre les 23 actuels – le 23 d’ici quelques jours en France justement) lors de son lancement à la télé.
Là où je suis étonné c’est quand tu me cites le Bene Gesserit et Ender (Ender’s Game ! décidément il faut vraiment que je le lise). L’homunculus animal tel qu’il est décrit dans A La Croisée Des Mondes correspond sûrement à ce souhait d’avoir une projection de soi plus univoque que “l’inquiétante étrangeté” (l’inconscient) qu’on ne maitrise pas d’autant plus que le dialogue avec le daemon existe.
Pour le reste tu as tout dit.
Je voudrais juste rappeller que l’existence de l’inconscient ne constitue pas une théorie scientifique dans la définition de Karl POPPER car la théorie de l’inconscient n’est pas réfutable. En se mettant à la place de Nakoshi, la force de ce manga est de ne pousser à transcender notre propre condition sans valeur moralisatrice ni prétention thérapeutique autre que pour le du personnage fictif et improbable du banquier SDF.
Je vais aller dégoter ça de toute façon, en tant qu’otaku, et en tant qu’amoureux de tout ce qui touche au rêve.