Jan
14
2009

[Hum] Le geek moderne

Vous ne pouvez plus, dans le monde qui est le nôtre actuellement, vous permettre d’ignorer le terme “geek”. A l’origine apanage d’un champ lexical très spécifique, le terme s’est répandu comme un rail de blanche dans une boîte louche. De péjoratif et difficile à assumer qu’il était au départ, puisque désignant quelqu’un passant une bonne partie de ses journées sur son ordinateur, il est devenu presque hype, dans le vent, branché, “mode”, ou tout ce que vous voulez.

Aujourd’hui, quelqu’un qui surfe sur Facebook plus de 20 mn par jour se dit geek. C’est dire l’évolution. Avant, l’image du geek, c’était celle d’un homme, le plus souvent avec des lunettes, fan de Science Fiction et de Fantasy, jouant sur le net, touchant un peu à la programmation et s’occupant plus de son ordi que d’avoir un semblant de vie “en vrai”. Du genre qui sait ce que veut dire IRL (1), RP (2), krys (3) ou klingon (4). Le genre à avoir une dizaine de figurines de Star Wars, à lire des comics et à pouvoir écrire l’elfique, tout en tapant à la vitesse de l’éclair sur un clavier sale dans une chambre à peine éclairée par la lumière blafarde de ses écrans allumés.

Pas très glamour, je vous l’accorde. D’autant qu’il est intéressant de noter que dans la langue anglaise, le “geek” reste cet homme un peu en marge de la société : quoiqu’un peu édulcoré, il est vrai, le terme reste assez peu envié outre-Atlantique.

Tandis que chez nous, il est devenu, bien au contraire, “trendy”. Le geek, ou la geekette (5) d’ailleurs, s’est mué en un utilisateur avisé et assidu du Web, mais sans cette connotation négative que véhiculait auparavant le concept. Le geek moderne est à la pointe du web social, il connaît Skype, Deezer, Lastfm et Twitter, il utilise Gmail pour gérer ses courriers électroniques (6) et googlise à tout va dès qu’une question le taraude. Il fait les beaux jours des sites d’actualité en ligne que sont Lemonde.fr et consorts, télécharge des séries qu’il regarde en anglais sous-titré, possède une audiothèque de plus de 10 Go et a utilisé au moins deux ou trois navigateurs (7) différents, ne serait-ce que pour essayer.

Spécialiste de Facebook, où il organise ses soirées et taggue avec un art consommé des photos qu’il uploade (8) moins de 24h après les avoir prise. Amateur de photos et quelquefois de petits jeux Flash, il déniche les prochaines sensations de la scène pop-rock mondiale sur Myspace et suit quelques blogs BD avec régularité. Il effectue ses virements bancaires sur Internet, demande ses papiers officiels via les sites du Gouv’ et paye même ses amendes en ligne.

Tout cela est bien entendu révélateur de la place qu’est en train de prendre Internet dans la vie quotidienne d’une part de plus en plus importante de la population. Je vous en parlais d’ailleurs dans mon Petit Pot d’il y a peu : Internet avance, son usage accélère, comme dirait l’autre.

De fait, l’indispensable relais, l’ordinateur, est de plus en plus un laptop c’est-à-dire un ordinateur portable, ou même un netbook (9). L’avancée décisive de l’Internet mobile, au travers de périphériques tels que les téléphones portables ou les PDA, concourt une fois encore à nous faire montre de cette réalité, qui n’échappe d’ailleurs pas aux entreprises avides de toucher ce nouveau public. Les campagnes marketing comportent désormais une part dédiée au marketing dit “viral” exploitant les différentes facettes du Web pour promouvoir un produit ou une marque donnés. Les sites de vente à distance fleurissent sous formes de ventes privée, de mall en ligne ou d’extensions de chaînes physiques.

Plusieurs questions donc :

- Quels seront les terminaux de demain qui nous relieront nous – individus et groupes – au réseau mondial ?
- La “liberté” relative mais pérenne qui a caractérisé l’espace Internet jusqu’à maintenant va-t-elle se trouver modifier par le nouvel éclectisme des possibilités de l’espace en lui-même ?
- Les dérapages nécessairement sous-tendus par le fonctionnement même du Web peuvent-ils, et doivent-ils être contrôlés ?
- Quelles conséquences sociétales, notamment structurelles et au niveau de la nature des liens sociaux, peut avoir la dématérialisation de notre communication avec autrui ?

Autant de sujets qui sont loin de couvrir de manière exhaustive les problématiques induites par l’évolution de nos sociétés, mais qui me paraissent importantes ne serait-ce que d’un point de vue théorique, et qui pourraient devenir assez vite très pratiques. Les débordements liés à l’opération Plomb durci à Gaza par Israël, par exemple, n’est pas sans soulever des questions : la solution de la plupart des medias a été de fermer les commentaires, mais la question de la liberté d’expression et de la maturité des propos que l’on s’autorise à diffuser en ligne reste entière.

(1) IRL : In Real Life / Acronyme couramment utilisé pour désigner sa “vraie vie”, par opposition à la vie “online”
(2) RP : Role Play / Fait de jouer un personnage, que ce soit par le biais de messages décrivant l’histoire de ce dernier sur des forums dédiés ou au cours d’un jeu en ligne
(3) Krys : Référence à la célèbre saga de Dune, de Frank Herbert, considérée comme l’un des piliers de la Science Fiction classique
(4) Klingon : Référence à un langage extraterrestre de la série “Star Trek”
(5) La féminisation du terme, de plus en plus répandue, est symptomatique de sa banalisation
(6) Appellation archaïque désignant les mails
(7) Firefox, Safari, Internet  Explorer (IE), Opera, Camino…
(8) Uploader : Francisation du terme anglais “Upload” signifiant “charger vers”, ou plus simplement “mettre en ligne”
(9) Netbook : Petit ordinateur portable, avec un écran de moins de 11 pouces, peu puissant et avec une autonomie correcte, de manière à pouvoir effectuer les tâches essentielles avec.


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